L’expérimentation animale à Bruxelles a entraîné la mort de 154 176 animaux en 2025 : 43 941 ont été utilisés lors de procédures et 110 235 sont morts ou ont été tués sans y avoir participé. En 2026, ces chiffres relancent une question difficile : comment défendre la recherche scientifique tout en prenant au sérieux la souffrance animale et l’efficacité des méthodes employées ?
Les données régionales indiquent que les souris représentent la grande majorité des animaux utilisés, tandis que certaines expériences ont été classées comme sévères. Le nombre annuel d’animaux soumis à des procédures est pourtant au plus bas depuis dix ans. Cette baisse mérite d’être saluée, mais elle ne règle ni la question des animaux élevés puis éliminés, ni celle des contrôles et des solutions de remplacement.
En bref
- 43 941 animaux ont été utilisés dans des expériences à Bruxelles en 2025.
- 110 235 autres sont morts ou ont été tués sans être utilisés dans une procédure.
- Les souris représentaient 92,6 % des animaux expérimentés.
- 5 735 animaux ont subi des procédures qualifiées de sévères.
- Le total des animaux utilisés est le plus bas enregistré dans la capitale en dix ans, mais les enjeux de bien-être animal et de contrôle demeurent.
Expérimentation animale à Bruxelles : ce que révèlent les chiffres de 2025
Le bilan distingue deux réalités souvent confondues dans le débat public. D’un côté, 43 941 animaux ont pris part à des procédures expérimentales ; de l’autre, 110 235 ont été tués ou sont morts sans avoir été utilisés dans ces expériences. Additionnés, ces nombres expliquent le total de 154 176 décès rapporté par les statistiques régionales.
| Donnée | Chiffre pour 2025 | Ce qu’elle indique |
|---|---|---|
| Animaux utilisés dans des procédures | 43 941 | Animaux ayant participé à des expériences |
| Morts ou tués sans procédure | 110 235 | Animaux non utilisés dans une expérience |
| Total des décès rapportés | 154 176 | Somme des deux catégories précédentes |
| Animaux utilisés en 2016 | 86 823 | Près du double du chiffre de 2025 |
La diminution des procédures par rapport au pic de 2016 constitue une évolution notable. Elle ne signifie toutefois pas que la mortalité animale a suivi la même trajectoire : le bilan distingue précisément les animaux expérimentés de ceux qui meurent sans avoir servi. Pour juger les progrès, il faut donc examiner les deux catégories, plutôt que de retenir le chiffre le plus favorable.
Je trouve cette distinction essentielle : un animal qui n’a pas subi de test n’est pas pour autant absent du système expérimental. Il peut avoir été élevé pour un usage qui n’a finalement pas eu lieu. Le débat sur la souffrance dans les laboratoires commence aussi par cette réalité moins visible.
Animaux de laboratoire : souris, poissons et niveaux de souffrance
Parmi les animaux utilisés, les souris formaient 92,6 % du total. Les poissons zèbres représentaient 3,6 % et les rats 3 % ; les autres animaux cités, notamment des cobayes, des porcs, des poules et d’autres oiseaux, constituaient les 0,8 % restants. La composition du bilan montre à quel point les choix d’espèces structurent la recherche menée dans les laboratoires.
Les procédures n’ont pas toutes la même intensité. Les statistiques recensent 5 735 expériences de gravité sévère, susceptibles d’entraîner des souffrances importantes et parfois la mort pendant l’essai. Elles comptabilisent aussi 15 457 procédures modérées et 20 274 légères. Ces catégories décrivent un niveau de gravité réglementaire ; elles ne rendent pas, à elles seules, toute l’expérience vécue par chaque animal.
La recherche fondamentale est présentée comme le principal domaine d’utilisation. La recherche translationnelle et appliquée, qui cherche à transformer des résultats en applications pratiques, concerne 4 096 animaux selon les chiffres communiqués. Le pourcentage associé à ce nombre varie selon les formulations du bilan ; je privilégie donc ici le chiffre absolu, plus prudent, plutôt que de donner une proportion qui pourrait induire en erreur.
La S.E.A. critique notamment la place de la recherche fondamentale et conteste l’utilité de certaines procédures. Cette position doit être attribuée à l’organisation : elle nourrit le débat, mais ne suffit pas à établir que chaque étude concernée est inutile. La question raisonnable est plutôt de demander, pour chaque protocole, quelle connaissance est recherchée, quelles souffrances sont prévisibles et pourquoi une méthode différente ne convient pas.
Recherche scientifique et limites des tests sur les animaux
Les défenseurs de l’expérimentation animale avancent qu’elle peut contribuer à comprendre des mécanismes biologiques complexes et à évaluer certains risques avant des essais humains. Les opposants soulignent, eux, que les différences entre espèces limitent parfois la capacité à prévoir les réactions chez l’être humain. Ces deux constats peuvent coexister : une méthode peut apporter des informations dans un contexte donné sans être un indicateur parfait de ce qui se passera en clinique.
La S.E.A. affirme que 96,6 % des médicaments testés sur des animaux échoueraient ensuite chez l’humain, et que neuf molécules prometteuses sur dix échoueraient au cours des essais cliniques. Ces taux sont mobilisés par l’association pour contester la valeur prédictive des tests ; ils ne signifient pas, à eux seuls, que l’expérimentation animale serait la cause de chaque échec. Les raisons peuvent inclure l’efficacité, la sécurité, le dosage ou la conception des essais.
Cette nuance n’affaiblit pas le débat éthique ; elle le rend plus utile. Pour chaque protocole, il est légitime d’examiner si le modèle animal répond réellement à la question scientifique, si les résultats pourront être transposés et si les dommages imposés sont proportionnés au bénéfice attendu. Une procédure douloureuse n’obtient pas automatiquement une justification parce qu’elle porte l’étiquette de « recherche ».
Pour approfondir les arguments sur l’abolition, les usages actuels et les méthodes de remplacement, je peux consulter ce dossier consacré aux enjeux et aux alternatives à l’expérimentation animale. Il permet de distinguer le débat de principe des décisions concrètes prises protocole par protocole.
Des solutions de remplacement déjà mobilisées
Les pistes citées comprennent les cultures cellulaires et d’organes, les organes sur puce, la toxicogénomique, la simulation informatique et l’intelligence artificielle. Elles ne remplacent pas nécessairement chaque modèle dans toutes les circonstances, mais elles peuvent répondre à certaines questions sans exposer un animal à une procédure. Leur développement demande des investissements, des validations et une formation adaptée.
À mes yeux, la bonne question n’est donc pas de promettre une substitution instantanée, mais d’exiger une comparaison transparente entre les méthodes disponibles. Quand une technique non animale fournit une réponse pertinente, continuer à utiliser un animal par simple habitude serait difficile à défendre.
Bien-être animal et inspections : l’enjeu de la transparence
Les chiffres de gravité prennent tout leur sens lorsqu’on les rapproche des contrôles. Selon les données citées par la S.E.A., 106 inspections sur 129 auraient été annoncées à l’avance. L’association estime que des visites non annoncées sont nécessaires pour vérifier le respect des règles de protection des animaux de laboratoire. Le nombre d’inspections annoncées ne prouve pas, à lui seul, qu’une infraction a été commise, mais il pose une question de confiance et d’efficacité du contrôle.
Un dispositif crédible doit permettre de vérifier les conditions d’hébergement, les soins, la formation du personnel et l’application des protocoles autorisés. Il doit aussi donner suite aux manquements constatés. Sans informations accessibles sur les résultats des contrôles, le public ne peut guère distinguer une réglementation appliquée d’un cadre qui existe surtout sur le papier — distinction peu spectaculaire, mais déterminante.
Pour rendre l’évaluation plus lisible, les autorités pourraient publier régulièrement des données comparables sur :
- le nombre d’inspections annoncées et inopinées ;
- les infractions constatées et les mesures correctives imposées ;
- les animaux élevés, utilisés, réutilisés ou éliminés ;
- les méthodes de remplacement adoptées et les obstacles rencontrés.
Ces informations aideraient aussi les équipes de recherche à partager les pratiques qui réduisent la douleur ou évitent des procédures inutiles. La protection des animaux ne repose pas seulement sur des principes généraux : elle dépend de gestes quotidiens, de contrôles sérieux et de comptes rendus vérifiables.
Alternatives à l’expérimentation animale : réduire les usages sans détour
La baisse du nombre d’animaux utilisés à Bruxelles depuis le pic de 2016 montre qu’une évolution est possible. Elle ne permet pas de conclure que le système a résolu ses difficultés, surtout quand plus de cent mille animaux sont morts ou ont été tués sans participer à une procédure. Pour avancer, il faut mesurer non seulement les expériences réalisées, mais aussi les animaux produits en excès et les raisons de leur inutilisation.
Dans un laboratoire fictif, une équipe qui prépare une étude pourrait commencer par cartographier ses besoins : quelles données existent déjà, quelle part peut être obtenue par culture cellulaire, et quelle question exige réellement un organisme entier ? Cette démarche ne supprime pas tous les arbitrages, mais elle évite de considérer l’animal comme le choix par défaut. Elle rend également plus facile l’explication du protocole au public.
Je retiens trois exigences concrètes pour faire progresser l’éthique scientifique :
- Justifier chaque usage en précisant l’objectif, les bénéfices attendus et les raisons qui écartent les méthodes non animales.
- Réduire la souffrance grâce à un suivi vétérinaire, à des critères d’arrêt clairs et à une conception rigoureuse des expériences.
- Publier les résultats des contrôles et les données sur les animaux non utilisés, afin que les progrès puissent être évalués indépendamment.
Ces mesures ne règlent pas toutes les questions morales, mais elles rendent le débat plus vérifiable. En 2026, l’enjeu est de faire correspondre les ambitions affichées de bien-être animal aux décisions prises dans chaque établissement : chaque animal évité compte, et chaque expérience doit pouvoir être défendue avec des raisons précises.
Combien d’animaux sont morts dans les laboratoires bruxellois en 2025 ?
Le bilan rapporte 154 176 décès : 43 941 animaux utilisés dans des procédures et 110 235 morts ou tués sans avoir été utilisés dans une expérience.
Quelles espèces ont été les plus utilisées ?
Les souris représentaient 92,6 % des animaux utilisés. Le bilan mentionne aussi des poissons zèbres, des rats, des cobayes, des porcs, des poules et d’autres oiseaux.
Que signifie une procédure de gravité sévère ?
Il s’agit d’une catégorie réglementaire désignant des procédures susceptibles de provoquer des souffrances importantes et pouvant entraîner la mort pendant l’expérience.
Quelles sont les principales alternatives à l’expérimentation animale ?
Les méthodes citées incluent les cultures cellulaires ou d’organes, les organes sur puce, la toxicogénomique, la simulation informatique et l’intelligence artificielle. Leur pertinence dépend de la question scientifique étudiée.