Maltraitance animale : le gérant de Lucky Horse risque dix mois de prison avec sursis

La maltraitance animale reprochée au gérant de Lucky Horse a conduit à un procès très suivi à Carpentras. Le mercredi 4 novembre 2026, le tribunal correctionnel a examiné des accusations concernant une soixantaine d’animaux, notamment des chevaux, ainsi que des faits d’exercice illégal de la médecine vétérinaire. La procureure a requis dix mois de prison avec sursis contre le responsable du centre équestre de Mazan, avec une interdiction de détenir des animaux et d’exercer une activité en lien avec eux. La décision a été mise en délibéré : les réquisitions ne constituent donc pas le jugement.

Autour de l’audience, des militants, des associations et des parties civiles ont rappelé combien la vigilance du public et le suivi des signalements comptent dans les dossiers de protection animale. Les prévenus contestent une partie des accusations et ont défendu leurs pratiques. Pour comprendre les enjeux, il faut distinguer les faits présentés à l’audience, les réponses apportées par le gérant et ce que la justice doit encore trancher.

En bref : ce qu’il faut retenir du procès Lucky Horse

  • Le procès du gérant du centre équestre Lucky Horse, à Mazan, s’est tenu le 4 novembre 2026 au tribunal correctionnel de Carpentras.

  • Les poursuites portent notamment sur des sévices graves et mauvais traitements envers des animaux, ainsi que sur l’exercice illégal de la médecine vétérinaire.

  • Les faits évoqués à l’audience concernent une soixantaine d’animaux. Dix d’entre eux, majoritairement des équidés, ont été confiés au refuge gardois les Chevaux d’Eden après une décision judiciaire.

  • La procureure a requis dix mois d’emprisonnement avec sursis contre le gérant, ainsi qu’une interdiction de détenir des animaux et d’exercer une activité liée à leur prise en charge.

  • Le tribunal a mis sa décision en délibéré. À ce stade, les demandes du parquet ne doivent pas être confondues avec une condamnation prononcée.

Un procès très suivi à Carpentras autour des accusations contre Lucky Horse

Le tribunal correctionnel de Carpentras a accueilli une audience suivie par une salle comble. En début d’après-midi, environ cinquante manifestants issus de plusieurs associations de protection animale s’étaient rassemblés devant le palais de justice. Ils tenaient des pancartes portant les noms d’animaux concernés par l’affaire. Denis Schmid, président du collectif vauclusien de protection animale, a décrit ce rassemblement comme une « haie de déshonneur » avant l’ouverture des débats.

L’audience, qui s’est prolongée jusqu’en début de soirée, concernait le gérant du centre équestre Lucky Horse, installé à Mazan, et la responsable d’Isofaculté. Cette structure reçoit notamment des personnes fragilisées, parmi lesquelles des femmes victimes de violences et des mineurs en difficulté, et propose des activités reposant sur la médiation par le cheval. Ce contexte explique une partie de l’attention portée à l’affaire : le centre était présenté comme un lieu d’accompagnement, tandis que les poursuites portent sur le traitement réservé aux animaux qui y vivaient ou y étaient accueillis.

Le gérant, âgé de 65 ans, est poursuivi pour sévices graves et mauvais traitements envers des animaux, ainsi que pour exercice illégal de la médecine et de la chirurgie vétérinaires. La responsable d’Isofaculté est également concernée par la procédure. Le parquet a toutefois demandé sa relaxe, estimant que son rôle était administratif et qu’aucun acte matériel ne permettait, selon lui, de lui imputer les infractions examinées. La demande de relaxe n’est pas encore une décision du tribunal.

La présence du public a marqué l’audience. La substitut du procureur Alexia Bayetti a relevé, au cours de sa prise de parole, que les procès portant sur la cause animale attirent parfois davantage de monde que d’autres audiences. Cette mobilisation est compréhensible : les animaux ne peuvent pas témoigner eux-mêmes, et les dossiers dépendent souvent de signalements, de contrôles officiels et des déclarations de personnes ayant fréquenté les lieux.

Je retiens surtout que le nombre de personnes dans la salle ne permet pas de préjuger du résultat judiciaire. Il montre cependant que le sujet dépasse le seul fonctionnement d’un centre équestre. La question posée est plus large : quelles obligations s’imposent à ceux qui détiennent des animaux, particulièrement lorsque leur activité se présente aussi comme un service de médiation et de soin ?

Pour replacer ces enjeux dans un cadre plus général, on peut consulter ces repères sur les causes et la prévention de la maltraitance animale. Ils rappellent notamment l’importance de distinguer les accusations, les éléments établis et la décision rendue par les juridictions.

Des signalements et des contrôles au cœur du dossier de maltraitance animale

À l’ouverture des débats, la présidente du tribunal, Christelle Benedetti, a rappelé que plusieurs signalements avaient été adressés à la Direction départementale de la protection des populations, la DDPP. D’après les éléments présentés, douze personnes avaient fait état de faits préoccupants et les services de l’administration avaient effectué des constatations. Denis Schmid a expliqué que son collectif avait transmis des informations à la DDPP au fil des alertes qui lui étaient rapportées.

Les faits cités à l’audience étaient graves et variés. Ils comprenaient des chevaux décrits comme mal nourris, des coups de bâton allégués, des défauts de soins et l’usage de chaînes. La présidente a aussi évoqué deux cochons tués à coups de masse puis enterrés sur place, ainsi que des chevaux morts dans des circonstances contestées. Une jument aurait été maintenue isolée dans l’obscurité et un bouc aurait subi une castration qui se serait mal déroulée. La présence de médicaments sans ordonnance figurait également parmi les éléments discutés.

Ces descriptions sont celles rapportées au cours de l’audience ; elles doivent être lues dans le cadre d’une procédure contradictoire. Le gérant a contesté plusieurs accusations et les a qualifiées de mensongères. Il a évoqué des conflits relationnels avec certaines personnes à l’origine des signalements. Le tribunal doit donc apprécier la valeur des témoignages, les constats des services compétents et les explications des prévenus, plutôt que de retenir automatiquement une version unique des faits.

Les contrôles successifs ont néanmoins entraîné des mesures concrètes. Plusieurs animaux ont été retirés du centre, et dix d’entre eux ont été placés au refuge gardois les Chevaux d’Eden après une décision judiciaire. La responsable du refuge, Laura Affortit, était présente à l’audience en tant que partie civile. Ces placements visent à mettre les animaux à l’abri pendant que la procédure suit son cours ; ils ne remplacent pas l’examen judiciaire des responsabilités.

Cette chronologie illustre le rôle essentiel du signalement. Une personne qui observe un animal amaigri, blessé ou privé de soins peut transmettre des informations aux services compétents ou à une association, en privilégiant des éléments précis : dates, lieux, observations directes et, lorsque cela peut être fait sans danger, documents utiles. Il ne s’agit pas de mener soi-même une enquête, encore moins de s’exposer à un conflit, mais de permettre aux autorités d’évaluer la situation.

La négligence ne se résume pas toujours à un geste spectaculaire. Une alimentation insuffisante, l’absence de soins adaptés ou le maintien prolongé dans des conditions inadéquates peuvent aussi détériorer la santé d’un animal. C’est pourquoi un dossier peut réunir des constats différents, parfois moins visibles qu’une blessure, mais importants pour établir si les besoins essentiels ont été respectés.

Le point décisif est donc la qualité des éléments recueillis et leur examen par les institutions habilitées, non le seul retentissement médiatique de l’affaire.

Les explications du gérant face aux accusations visant les animaux

Au cours du procès, le gérant de Lucky Horse a répondu point par point aux accusations. Il a dénoncé des témoignages qu’il considère faux et a affirmé que certains signalements découlaient de difficultés relationnelles. Le tribunal doit confronter ces déclarations aux éléments recueillis par la DDPP et aux témoignages entendus. Dans une affaire pénale, la défense a le droit de contester les faits ; cette contestation ne suffit toutefois ni à établir ni à écarter la responsabilité.

Le prévenu a reconnu ne pas avoir respecté la loi après la mort des deux cochons, puisqu’il n’avait pas fait appel à une société d’équarrissage. Il a expliqué qu’ils étaient destinés à la consommation, mais qu’il n’avait finalement pas pu les manger parce qu’il s’était attaché à eux. Cette explication donne le contexte qu’il avance, mais elle ne répond pas à elle seule à la question du traitement des animaux ni à celle des règles applicables à leur élimination.

Concernant les chevaux morts, le gérant a dit avoir accompagné des animaux très âgés jusqu’à leur fin de vie. Il a aussi expliqué que les sacs en plastique mentionnés dans le dossier se trouvaient sous leur tête afin d’éviter que leur couverture soit mouillée pendant qu’ils étaient hydratés. La présidente a également interrogé le prévenu sur l’usage d’huiles essentielles. Celui-ci a soutenu qu’il ne s’agissait pas de traitements médicaux, mais de produits préventifs. L’audience a ainsi porté sur la frontière entre soins, pratiques de bien-être et actes réservés à des professionnels habilités.

Au sujet du bouc blessé au testicule, le gérant a attribué la blessure à une bagarre avec un autre bouc. Interrogé sur ses méthodes de dressage, il a affirmé qu’il s’occupait de chevaux particulièrement difficiles ou agressifs, et qu’il faisait partie des rares personnes en France à travailler avec eux selon ses méthodes. Cette défense met en avant son expérience revendiquée ; le débat judiciaire porte, lui, sur la conformité des pratiques et les conséquences pour les animaux.

Il est important de ne pas confondre une activité de médiation animale avec une compétence vétérinaire. La médiation peut contribuer au bien-être humain par la relation avec l’animal, mais elle ne dispense pas de garantir à celui-ci nourriture, soins, sécurité et conditions de vie adaptées. Elle ne transforme pas non plus une personne en vétérinaire. Dès qu’un acte relève du diagnostic ou d’un traitement médical, la question des qualifications et du cadre légal devient centrale.

Cette nuance est particulièrement utile pour les familles et les institutions qui choisissent une activité avec des chevaux. Avant de s’engager, elles peuvent s’informer sur l’encadrement, les qualifications, le suivi sanitaire et les conditions de détention. Une belle présentation du projet ne suffit pas : le respect du bien-être animal se vérifie aussi dans les pratiques quotidiennes et la possibilité de les contrôler.

Ce que le parquet a requis et ce que la justice doit encore décider

À la fin de l’audience, la substitut du procureur de la République a demandé dix mois d’emprisonnement avec sursis pour le gérant au titre des mauvais traitements. Elle a aussi sollicité deux contraventions de quatrième classe concernant les cochons enterrés sur place, ainsi qu’une interdiction de détenir des animaux et d’exercer une activité en lien avec eux. Ces demandes constituent les réquisitions du parquet, autrement dit la peine que la représentante du ministère public estime appropriée.

Le tribunal a annoncé que sa décision serait mise en délibéré. Cette étape signifie que les juges se prononceront ultérieurement après avoir examiné l’ensemble des débats. Tant que le jugement n’est pas rendu, il serait inexact d’écrire que le gérant a été condamné à dix mois de prison avec sursis. Il risque cette peine au regard des réquisitions, mais le tribunal peut suivre le parquet, retenir une autre réponse ou écarter certaines demandes selon son appréciation du dossier.

La procureure a demandé la relaxe de la responsable d’Isofaculté. Elle a estimé que cette prévenue avait un rôle administratif et qu’aucun acte concret ne permettait, selon elle, de lui attribuer les infractions poursuivies. Là aussi, il s’agit d’une position présentée à l’audience, et non du verdict. Le tribunal doit statuer séparément sur les personnes poursuivies et sur les faits qui leur sont reprochés.

Plusieurs associations se sont constituées parties civiles, dont le refuge les Chevaux d’Eden. Une dizaine d’avocats les représentaient, et des demandes de réparation ont été présentées au titre du préjudice moral. Les parties civiles ne prononcent pas de peine : elles peuvent défendre leurs intérêts et demander une indemnisation si les conditions juridiques sont réunies. Leur présence apporte aussi au dossier le point de vue des structures qui participent à la protection des animaux après leur retrait.

Pour suivre correctement ce type d’affaire, je conseille de séparer quatre informations : les accusations, les réponses des prévenus, les réquisitions du parquet et la décision finale. Les confondre produit des titres spectaculaires, mais brouille le travail de la justice. Le vocabulaire compte : « le parquet requiert » n’a pas le même sens que « le tribunal condamne ».

La portée du jugement dépassera probablement la seule question de la peine. Une interdiction éventuelle de détention ou d’activité toucherait directement la capacité du gérant à continuer son travail auprès des animaux. Le tribunal devra apprécier les faits et les règles applicables ; pour le public, l’enjeu est également de comprendre que la protection animale s’appuie sur des responsabilités vérifiables, pas seulement sur les bonnes intentions affichées.

La distinction entre réquisitions et verdict reste la clé pour rendre compte de l’affaire sans anticiper la décision.

Protection animale et responsabilités : les repères utiles après l’audience

L’affaire Lucky Horse rappelle qu’un centre accueillant des chevaux assume une responsabilité quotidienne. Cette responsabilité concerne les soins, l’alimentation, l’hébergement, la sécurité et le recours à des professionnels compétents. Quand des accusations de mauvais traitements apparaissent, les inspections et le recueil de témoignages permettent de vérifier la situation. Le procès sert ensuite à débattre des éléments, à entendre la défense et à déterminer les responsabilités selon les règles de droit.

Les associations jouent souvent un rôle de relais. Elles peuvent recevoir des alertes, aider à documenter une situation et accompagner des animaux placés sous protection. Dans ce dossier, le collectif vauclusien indique avoir transmis des informations à la DDPP, tandis que les Chevaux d’Eden ont accueilli dix animaux après une décision judiciaire. Cette coopération entre témoins, services publics et refuges est importante : un signalement ne règle pas tout, mais il peut déclencher une vérification et contribuer à mettre un animal en sécurité.

Si une personne s’inquiète pour un animal, une démarche prudente est préférable à une confrontation improvisée. On peut noter ce qui a été observé directement, à quel moment et dans quel lieu, puis contacter les autorités ou une association reconnue. Une rumeur relayée sur les réseaux sociaux peut nuire à une enquête ou viser injustement quelqu’un ; des informations précises et transmises par les canaux adaptés sont bien plus utiles.

Pour les structures qui proposent des activités avec les animaux, quelques questions simples permettent aussi d’évaluer le sérieux de l’encadrement :

  • Qui assure les soins ? Les réponses doivent identifier les personnes qualifiées et expliquer comment les urgences sont prises en charge.

  • Dans quelles conditions les animaux vivent-ils ? L’alimentation, l’accès à l’eau, l’abri, l’exercice et les interactions sociales doivent être considérés au quotidien.

  • Les pratiques sont-elles transparentes ? Une structure responsable doit pouvoir expliquer ses méthodes et accepter les contrôles prévus par la loi.

  • Les actes proposés relèvent-ils du bon professionnel ? La médiation avec un animal ne remplace pas un diagnostic ou un traitement vétérinaire.

Ces repères ne permettent pas au public de prononcer un jugement à la place d’un tribunal. Ils aident plutôt à prendre une décision éclairée avant de confier un proche à une activité de médiation animale ou de soutenir un établissement. D’autres affaires montrent que les enjeux de protection ne concernent pas seulement les centres équestres : des signalements peuvent viser des élevages, des abattoirs ou des activités de loisirs. On peut ainsi lire le récit d’une alerte portée par une association à propos d’un abattoir, tout en gardant à l’esprit que chaque dossier possède ses propres faits et sa procédure.

Au fond, la vigilance ne consiste ni à condamner avant l’heure ni à détourner le regard. Elle consiste à prendre les alertes au sérieux, à laisser les contrôles établir les faits et à attendre que la justice rende sa décision. C’est à cette condition que la protection animale peut s’appuyer sur des règles claires plutôt que sur des impressions.

Questions fréquentes sur le procès du gérant de Lucky Horse

Quand le procès du gérant de Lucky Horse a-t-il eu lieu ?

L’audience s’est tenue le mercredi 4 novembre 2026 au tribunal correctionnel de Carpentras. Le procès a duré jusqu’en début de soirée et la décision a été mise en délibéré.

Le gérant a-t-il été condamné à dix mois de prison avec sursis ?

Les dix mois d’emprisonnement avec sursis ont été requis par la substitut du procureur. Il s’agit d’une demande du parquet, pas d’un verdict. Le tribunal doit rendre sa décision après délibéré.

Quels faits ont été évoqués à l’audience ?

Les débats ont porté sur des accusations de mauvais traitements et de sévices graves, des défauts de soins, des chevaux mal nourris, la mort de deux cochons enterrés sur place et l’exercice illégal de la médecine vétérinaire. Le gérant a contesté plusieurs éléments et présenté ses explications.

Où ont été placés certains animaux retirés du centre ?

Dix animaux, pour l’essentiel des équidés, ont été confiés au refuge gardois les Chevaux d’Eden après une décision judiciaire.

Que faire en cas de soupçon de maltraitance animale ?

Il est préférable de transmettre aux services compétents ou à une association des observations précises et factuelles, en évitant de se mettre en danger ou de diffuser des accusations non vérifiées.

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